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ETAT DES DROITS HUMAINS DANS LE TERRITOIRE DE SONGOLOLO

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ETAT DES DROITS HUMAINS DANS LE TERRITOIRE DE SONGOLOLO

Le rapport que nous avons l’honneur de présenter dans les lignes qui suivent est un condensé des différents rapports des acteurs et défenseurs des droits humains et autres associations sous la coordination de la Société Civile Forces Vives du Territoire de Songololo. Le présent rapport est dressé sur base des faits vécus comme témoins oculaires ainsi que des témoignages récoltés auprès des personnes ayant vécu les faits. Ses auteurs ont le souci de retracer la vérité afin d’éclairer la lanterne de nos lecteurs qui seront, nous l’espérons des organes chargés de faire la lumière et dégager les responsabilités des uns et des autres dans cette affaire que l’on a présenté à tort ou à raison comme une ‘affaire interne entre membres de BUNDU DIA KONGO ou BUNDU DIA MAYALA ». Toutefois, nous reconnaissons qu’il est un travail humain susceptible d’imperfection.

La Cité de KIMPESE est une agglomération cosmopolite où vivent et cohabitent une population à majorité jeune estimée à plus ou moins 65 mille habitants. Cette population engagée totalement dans la lutte pour la survie vit principalement de l’agriculture de subsistance et de la débrouillardise.

Depuis un certain temps, la population vit dans une insécurité de plus en plus grandissante qui est caractérisée par les vols de nuit comme de jour, les agressions de toute nature, les tracasseries policières et arrestations arbitraires, etc… Ces gangrènes préoccupent au plus haut point cette population qui s’organise petit à petit pour son autodéfense surtout vis à vis des cas de vol pendant la nuit.

Face à la crise généralisée et à la misère favorisée par l’oisiveté, à chaque fois que des occasions se sont présenté, nous avons assisté impuissant de la part d’une certaine catégorie de la population jeune à des actes de pillage et de vandalisme.

Les évènements qui nous préoccupent ce jour, car ayant provoqué une insécurité généralisée, causé des dégâts matériels importants, mort d’hommes dans le rang des éléments de la Police Nationale Congolaise (PNC) ainsi que des civiles acteurs et non acteurs, se sont déroulés en deux temps et ont comme principaux acteurs des groupes d’individus identifiés comme membres de la secte Bundu dia Kongo (BDK), les services de sécurité, plus particulièrement de la Police Nationale Congolaise (PNC) ainsi que la population (la jeunesse).

Ce dimanche 22 janvier 2017 aux alentours de 9 h du matin, la population du quartier II bis Masamuna, surpris par une quinzaine des personnes identifiées comme adeptes de BDK appelés communément « Makesa » qui effectuaient une expédition punitive, sinon destructrice des biens appartenant à l’honorable député Papy Mantezolo, lui aussi membre dirigeant de la même organisation, mais en désaccord avec le leader de Bundu dia Kongo, Honorable Ne MUANDA NSEMI. Le groupe s’est attaqué d’abord à la chambre froide située le long de la nationale n°1, il s’est ensuite rendu au quartier II pour s’attaquer à la boulangerie avant de terminer sa folie destructrice sur un bâtiment d’habitation situé sur l’avenue du commerce au centre commerciale de Kimpese. Pendant toute la trajectoire empruntée par les assaillants, les jeunes badauds ont parachevés l’œuvre destructrice par le pillage systématique des bâtiments saccagés.

C’est à l’étape de l’avenue du commerce – troisième étape- qu’interviendront deux éléments de la police locale qui se feront rejoindre par un officier supérieur. Des coups de feu ont été tirés et des armes blanches utilisées. Au terme de ces échanges des tirs à balles réelles pour les uns et des noix de palmes, grains de maïs et autres pour les assaillants, contre toute attente, ces derniers s’en sont sortis presque victorieux après avoir réussi à ravir deux armes aux policiers. Ces policiers et civils (badauds) blessés, ainsi que les morts ont été amenés à l’Hôpital Général de Kimpese. Cette situation a engendré comme conséquence immédiate, un mouvement de panique généralisée dans toute la Cité. C’est tard vers 17h que le calme était revenu. Il est à signaler que les membres de la secte BDK ne semblaient pas tous être de Kimpese.

Bilan de la journée - 2 morts (un civil innocent et un élément de la police) et 17 personnes blessées - biens matériels saccagés et pillés - Insécurité généralisée et activités paralysées

Le lendemain 23 janvier 2017, il y a eu des interpellations et arrestations de plus ou moins 15 membres de la secte BDK, présumés auteurs des évènements de la veille par les éléments de la police accompagnés des brigands et autres jeunes désœuvrés. Il y a eu quelques affrontements avec dégâts mineurs. Cependant, les activités de la Cité de Kimpese étaient paralysées.

Le 24 janvier 2017, un groupe des MAKESA se présente au bureau du commissariat de la police pour demander la libération des innocents arrêtés la veille à la place des vrais auteurs des évènements du 22 janvier 2017 en liberté. Pendant que le groupe échangeait avec le Colonel au commissariat de la PNC/Songololo, un policier tira en l’air pour disperser les attroupements. Une nouvelle confusion généralisée s’est installée dans la Cité et les activités furent paralysées de nouveau. Bilan : 2 blessés graves (dont un conducteur de taxi et un badaud)

Depuis les évènements du 22 janvier, la population de Kimpese vit dans un traumatisme réel car des informations fusent de partout, rapportant que les adeptes de BDK habitant Kasi et Luozi s’apprêteraient à assiéger la Cité de Kimpese envahit par une légion de la Police d’Intervention Rapide (PIR) en provenance de Kinshasa, venue à la rescousse de la PNC/Songololo qui ne disposerait pas du matériel approprié pour protéger la population civile.

Ce qui était une rumeur s’est concrétisé ce vendredi 3 février courant au matin quand un groupe d’adeptes de BDK sortant de la route du marché de chaque jour, en face de l’agence RAWBANK/Kimpese pour s’engager sur la Route Nationale n°1 Kinshasa-Matadi. Ces derniers se dirigeaient vers le centre (parking) de Kimpese pour effectuer le retrait à la morgue de l’Hôpital Général de Référence IME-Kimpese de la dépouille d’un enfant d’un des habitants de leur quartier III. Au vu de ces personnes déjà en conflit avec les services de sécurité depuis les derniers évènements, un élément de la PNC en faction à la banque tira quelques coups de feu en l’air.

Le groupe continua sa trajectoire sans heurt. Au même moment, du commissariat de la PNC où les coups de feu ont été entendus, les éléments de la PIR (Police d’Intervention Rapide) Kinshasa armés des armes à feu ont déclenché un mouvement dans le sens contraire de celui des adeptes de BDK. A la hauteur du marché de KIMPESE, les deux groupes se sont retrouvés face à face. Après avoir intimé l’ordre aux adeptes de BDK de se disperser et face à leur refus d’obtempérer, il s’ensuit une fusillade avec des balles réelles. Pour ceux-là qui tentaient d’échapper au massacre, une véritable chasse à l’homme tous azimuts fut exécutée par les éléments de la PIR/Kinshasa. Le marché, les quartiers environnants et maisons ont été fouillés

Notons que dans les rangs des forces de sécurité, nous avons compté des éléments locaux et ceux de la PIR/Kinshasa, tous habillés en tenue de la PNC. Bilan approximatif :

  • Plus ou moins 15 morts
  • Des nombreux blessés graves et légers.

Les faits relatés ci-haut nous renseignent une fois de plus sur les effets néfastes de la manipulation de la jeunesse à de fins inavouées par les politiques dans notre pays. Au Kongo Central en particulier, ces évènements à répétition sont menés par un groupe bien identifié dont les chefs sont bien connus. Il est bien réel que l’affaire interne aux BDK n’est que la partie visible de l’iceberg. Comme en 2008, les mêmes causes viennent de produire les mêmes effets, notamment :

  • La forte croyance à des pratiques fétichistes par les adeptes de BDK ;
  • Le recours à la force et/ou à la violence et le non-respect des lois du pays en matière de revendication ;
  • Les recours et usage exagéré de la force sur des assaillants non armés ou encore utilisant des armes blanches ;
  • L’usage des armes non appropriées et réactions disproportionnées contre les manifestations et/ou émeutes
  • Manque de professionnalisme des éléments de la PNC et autres forces associés
  • Confusion dans la conduite des opérations par plus d’une unité de commandement
  • Faible enquête par la justice et absence des sanctions faute d’un procès équitable exemplaire
  • Forte ingérence de la politique au lieu de laisser place à la justice.

Ces évènements déplorables que toute la communauté a condamné a fait plus ou moins 17 morts ainsi que des nombreux blessés que l’on pouvait bien éviter, des dégâts matériels importants, des manque à gagner pour les opérateurs économiques et autres agriculteurs, l’insécurité généralisée et beaucoup des traumatismes dans le chef de ceux-là qui ont vécu le massacre du 03 février 2017.

Ces évènements récurrents nous ont permis d’appréhender que comme en 2008, le plus grand perdant reste les ménages pauvres des adeptes de BDK. C’est ainsi qu’il est demandé qu’une enquête réellement indépendante soit ouverte en vue de déterminer les responsabilités des uns et des autres afin que toutes les personnes impliquées puissent payer de leurs actes. Il ne serait pas correct que les éléments des forces de sécurité étant eux-mêmes impliqués dans la gestion de ce massacre puissent se faire justice ; il serait alors juge et partie. Seule, une telle disposition rétablirait les familles et autres victimes concernés directement ou non par le conflit de recouvrer leurs droits.

Au vu de la gravité des faits qui ont entrainé mort d’hommes, des blessés graves et des dégâts matériels importants ; les arrestations de quelques un ou deux hommes en uniforme et de quelques dizaines des civils (détenus transférés à Matadi au chef- lieu de la province) ne constituent nullement la solution. Seul, un procès équitable organisé dans le respect de l’art pourra répondre aux attentes de la population. Le phénomène de la manipulation des jeunes à des fins inavouées aussi bien dans les milieux ruraux qu’urbains étant un problème de société qui trouve échos favorable auprès des jeunes atteints par l’oisiveté, le manque d’emploi, le chômage, l’usage abusive des drogues et boissons dangereuses … etc., ne pourra être éradiqué que par des solutions durables, donc par la mise en place des politiques de développement intégrateurs qui prennent à bras le corps les problèmes de la jeunesse en général et ; des adeptes de BDK en particulier. Fait à KIMPESE, le 5 février 2017.

Pour la Coordination de la Société Civile Forces Vives de la RDC/Territoire de Songololo


Par : RÉDACTION CRAFOD
Le : 2017-05-16T13:15:00+02:00